
Symbolisme et poésie de l'eau
Fondation Jérôme Seydoux-Pathé
Jusqu'au 12 juillet
À propos
La charge symbolique et poétique de l’eau prend sa source dès les origines du cinéma muet dans des fictions dramatiques ou comiques, des récits d’aventure et d’exploration scientifique, dans le documentaire et le cinéma d’avant-garde. Empreints de références picturales et littéraires, nombreux films ont pour décors l’univers marin et fluvial où l’interaction avec l’humain domine. En Suède, l’œuvre de Victor Sjöström explore les destinées d’héros téméraires comme Terje Vigen (1917, d’après un poème d’Henrik Ibsen). En 1924, en adaptant l’œuvre de Pierre Loti, Jacques de Baroncelli attribue à la mer les sentiments d’une amante jalouse et possessive, en attente de ses « noces » avec Yann, le Pêcheur d’Islande. L’Homme du large de Marcel L’Herbier (1920), adapté de l’œuvre d’Honoré de Balzac, ou Les Travailleurs de la mer d’André Antoine, d’après Victor Hugo, dépeignent les trajectoires d’hommes solitaires profondément attachés à la mer. La production américaine met en scène d’inépuisables aventures marines et sous-marines, elle adapte 20 000 lieues sous les mers (1916) ou Moby Dick (The Sea Beast, 1926). Les récits d’aventure entraînent les spectateurs sur les océans, d’un continent à l’autre dans The Yankee Clipper de Rupert Julian (1927), avec Douglas Fairbanks dans The Black Pirate d’Albert Parker (1926), en amoureux sur The Navigator de Buster Keaton (1924) ou encore à la recherche d’épaves chargées d’or dans Below the Surface d’Irvin Willat (1920). Les innovations techniques permettent dès 1912 de filmer les profondeurs, donnent lieu à des films comme 20 000 Leagues Under the Sea (1916), The Submarine Eye (1917) et Wonders of the Sea (1922), sorte de fictions documentaires d’aventure. Le cinéma français explore son propre territoire et livre des œuvres d’une grande cinégénie. L’Hirondelle et la Mésange d’André Antoine (1920) et La Belle Nivernaise de Jean Epstein (d’après Alphonse Daudet, 1924) sont des noms de péniches transportant familles et tourtereaux liés et déchirés par l’amour préfigurant L’Atalante de Jean Vigo. Dans le film de Jean Renoir La Fille de l’eau (1924), Catherine Hessling est contrainte de quitter la fluidité et l’harmonie du chaland pour s’embourber dans les étangs. Louis Delluc provoque le débordement du Rhône dans L’Inondation (1924). L’eau traduit des états émotionnels fluctuants et insaisissables, à l’image des tiraillements des deux amants dans The River de Frank Borzage (1928). Dans son film d’avant-garde Gardiens de phare (1929), Jean Grémillon décrit l’isolement d’un père et de son fils, la tempête et un climat qui fait rage au sein d’un îlot. Certains réalisateurs parviennent à imbriquer avec grâce et poésie la fiction au documentaire. Le Portugais José Leitão de Barros documente dans un court métrage le quotidien des pêcheurs et des habitants de Nazaré avant d’en tirer une œuvre de fiction remarquable, Maria do mar (1930). Jean Esptein tourne son premier film breton Finis Terrae (1928) dans les îlots près d’Ouessant. En 1923 et 1924, Robert Flaherty et son épouse Frances retranscrivent la préparation du rite de passage vers l'âge adulte de Moana. Les futurs talents hollywoodiens Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer racontent dans Menschen am Sonntag (1929) la journée de congé de quelques Berlinois, entre lac et forêt. Cette plongée dans l’univers aquatique des récits cinématographiques des années 1910 et 1920 souligne la place majeure de l’eau dans l’imaginaire des cinéastes et leur intérêt à représenter les contradictions humaines qu’elle révèle, entre remous et quiétude, opacité et transparence, profondeur et surface.
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