JR, « Les Esquisses de la Caverne » à la galerie Perrotin
Expo

JR, « Les Esquisses de la Caverne » à la galerie Perrotin

Galerie Perrotin

Jusqu'au 25 juillet

À propos

Hommage, quarante et un an après, au Pont-Neuf empaqueté de Christo et Jeanne-Claude (1985), La Caverne du Pont Neuf s’inscrit dans la lignée des grands trompe-l’œil réalisés par JR ces dernières années au Louvre, à l’Opéra de Paris ou encore en façade de palais italiens. Inspirées par le thème de la caverne platonicienne et les débats sur la perception (qu’est-ce que voir ? voir suscite-t-il le sentiment du vrai ou l’imaginaire ?), ces propositions incitent à méditer sur le faux-semblant, l’illusion et les formidables pouvoirs d’artifice de l’art, apte à transformer le monde, à projeter nos consciences dans des univers autres, inédits, inouïs, ainsi qu’à stimuler, s’agissant de sa composante publique, le vivre-ensemble. Un sommet de dépaysement garantiLa Caverne du Pont Neuf telle que l’a conçue JR métamorphose le paysage urbain parisien. Par le truchement de la magie artistique, un équipement fonctionnel historique de la Ville Lumière y devient un boyau aux airs de tunnel de montagne qu’anime tout à la fois la musique, confiée à Thomas Bangalter, ex-Daft Punk, ainsi qu’un programme de visite interactif aiguisant les sens. « C’est une avancée vers l’inconnu, dit l’artiste, un voyage en soi. J’ai conçu le franchissement de la Caverne comme une expérience où le plein et le vide vivront en équilibre ». D’une cohérence thématique voulue, les œuvres plastiques présentées à la galerie concomitamment à la mise à disposition physique, au bénéfice du public, du Pont-Neuf relooké sont autant de dessins préparatoires du projet, à l’image des nombreuses images que Christo et Jeanne-Claude réalisaient en amont de leurs réalisations. À la fois prospectifs et descriptifs, ceux-ci sont le fondement même du projet, un historique de son élaboration factuelle et pas-à-pas, à la fois le résultat d’une écriture mentale et d’un travail assidu de conception et d’agencement. Du dessin, du zinc, de la photo et du collageCes croquis préparatoires, devenus autant d’œuvres d’art en soi, sont élaborés selon une même technique faisant entrer en ligne de compte plusieurs médiums. La photographie, d’abord. JR « shoote » sous différents angles le Pont-Neuf et en sélectionne les images. Le dessin, ensuite. L’artiste, en atelier, dessine puis découpe les formes minérales qu’adoptera la vraie Caverne du Pont Neuf en s’inspirant d’éléments de paysage vus et glanés dans divers sites montagneux ou sous-marins : il en préfigure ce faisant l’apparence finale. Autre médium, le zinc en plaques appelé à recueillir, à titre de support, tant les photographies que les dessins, par collage. Celui-ci, récupéré à partir de découpes de toits parisiens et présenté tel quel, porteur des marques et de l’empreinte du temps, donne son tour contextuel à ces réalisations, leur touche stricto sensu « parisienne ». À ce geste de collage et de montage qui évoque la manière de travailler, à travers sa Combine Painting, d’un Robert Rauschenberg, par accumulation et juxtaposition d’éléments disjoints, JR ajoute enfin, pour ses dessins, une phase de froissage calculé, dans ce but, boursoufler ceux-ci, leur conférer un volume. Photographie, dessin, collage, manipulation gestuelle se cumulent ici pour un résultat homogène entre bi- et tri-dimension, une fois chaque élément « monté » sur le support de zinc – une fiche-programme de construction pensée non pas comme tant comme un graphique technique que comme une rêverie, déjà, sur l’œuvre ultime, la vraie Caverne du Pont Neuf telle qu’elle se présentera, une fois réalisée, au visiteur-spectateur. JR, depuis un quart de siècle, accompagne ses réalisations dans l’espace public d’un bagage esthétique plus léger, ses collages ou encore, ainsi qu’il les dénomme, ses Dé-compositions. Ces travaux d’image à vocation privée, qu’il s’agisse de photographies ou de lithographies, se caractérisent toutes par le primat du montage et de la juxtaposition de fragments visuels. Le monde brut tel que l’envisage JR, symboliquement parlant, est un agglomérat de formes distinctes, séparées, isolées. Il revient dès lors à l’artiste, prompt ici à recomposer ce que la réalité décompose, de faire tenir ensemble ces isolats, dans une perspective de réconciliation, de réunification et de concorde. Comme à orchestrer pour son mieux-être, en visant l’harmonie et la surprise positive, notre univers trop riche de dépareillements et de solitudes. Paul Ardenne, écrivain et historien de l'art

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Juillet 2026
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